Mon expérience dans l’univers gai 

In this Article

  1. Les premières années
  2. Broadway et Hollywood
  3. Mon affirmation sexuelle dans ma ville natale
  4. Implication politique
  5. Engagement dans une relation amoureuse stable
  6. La peur du VIH
  7. La Metropolitan Community Church
  8. Mon médecin de famille m’invite à sortir
  9. Ma sortie de l’univers gai
  10. Et maintenant?

J’ai été invité à la fête d’anniversaire d’un collègue gai. On me voyait comme l'invité « straight ». Tous savaient que j’étais impliqué dans la foi chrétienne. La plupart des invités étaient d’agréable compagnie, puis soudain un homme s’est emporté et, levant la voix, il me sermonna énergiquement en me disant de jeter mon « livre magique » (la Bible), soutenant que cet ouvrage devrait être interdit parce qu'il est rempli de haine. Son compagnon lui a alors dit de se calmer. J’ai écouté attentivement sa douleur et me suis dit : « si seulement il connaissait mon histoire, il penserait peut-être autrement ». Calmement, j’ai répondu que ma foi en Dieu m’a donné la force d’éviter les relations sexuelles depuis 20 ans. Il a semblé très déconcerté. Plus tard, en privé, plusieurs invités m’ont demandé comment j’étais parvenu à rester chaste, et pourquoi j'avais l'air heureux. J’ai partagé mon expérience pour leur faire comprendre que l’abstinence n’est pas un « reniement », mais plutôt une liberté.

Au fil des ans, je ne crois pas que bien des communautés chrétiennes soient parvenues à vraiment comprendre l’attirance homosexuelle, pas plus que la communauté gaie n’ait eu la volonté de suivre le Christ de façon sérieuse. Pour ces raisons, il est difficile pour les gais d’expérimenter l’amour de Dieu. Mais Dieu aime chacun de nous si intensément! Heureusement, avec la popularité grandissante de la « Théologie du corps », de nombreuses communautés chrétiennes sont mieux outillées pour faire face aux questions de sexualité d’aujourd'hui avec compassion, patience et fidélité, tout en aidant leurs membres à rester chastes.

Je préférerais ne pas étaler ma vie de cette façon, et si ce n’était pas que je ressens cette brûlure au cœur, je ne le ferais pas. J'espère que cela aidera.

Les premières années

J’ai grandi dans une famille non pratiquante, sur une rue appelée « Queen Mary », à Ottawa au Canada. C’était un quartier mal fréquenté et je me suis beaucoup fait battre. J’avais l’habitude de me réveiller avec des nœuds dans l’estomac. Une nuit, je me suis réveillé et j’ai regardé par la fenêtre. J’ai vu une croix de néon sur le clocher d'une église et la lumière rayonnait dans ma chambre. Elle était merveilleuse. Le nœud que j’avais à l’estomac s’est défait.

Peu de temps après, j’ai mémorisé Jesus Christ Superstar et je chantais en dansant dans la maison pendant que le disque jouait à fond. Ce disque était à peu près le seul objet un tant soit peu chrétien dans notre maison.  

À l’âge de 10 ans, certains de mes amis m'ont dit « Vas-t'en, t'es gai! ». Une autre fois, mon frère a demandé à ma mère : « Est-ce qu’il est gai ou quoi? ». Mon père faisait sans cesse des blagues sur les pédés. Je disparaissais et m'en allais jouer de la guitare que mon frère aîné avait achetée.

great grandma

Me voici en compagnie de mon arrière-grand-mère à l’occasion de son 100e anniversaire.

À 14 ans, je ne croyais pas en Dieu et je pensais que la religion était une chose ridicule. J’étais athée, tout comme mon frère, qui s’est plus tard enlevé la vie. Toute notre famille était contre la religion. La science était notre dieu.  

David 14 years old

Photo : David MacDonald jouant de la guitare avec des amis à l’âge de 14 ans

Après plusieurs années à pratiquer la musique, je fus récompensé en étant invité à une émission de télé. J’avais 18 ans. Après l’émission, l’animateur m’invita chez lui où il me demanda de coucher avec lui. Je refusai. Je me senti trahi parce que j'avais cru qu'il était intéressé par mon talent.

À 19 ans, je jouais de la musique au Club Med des Bahamas. De nombreux hommes gais y travaillaient aussi et plusieurs m’approchaient. Un jour, une femme me dit : « Ne vas pas dans cette direction ». Je lui répondis : « tu n’as pas à t’inquiéter », mais je ressentais un léger malaise.

Photo : David MacDonald aux Bahamas à 19 ans

Je « tombai amoureux » d’un mannequin qui était en tournée photo aux Bahamas pour un magazine. J’allai vivre avec elle à New York, ce qui, évidemment ne dura guère plus de deux nuits. Je n’étais pas excité au lit, bien qu'elle fût la plus belle de toutes les femmes que j'avais connues. C'était la première fois que je n'avais pas d'excitation pour une femme, et cela me troubla. Le soir suivant, après une fête pour le mannequin Cheryl Teigs, elle rompu. Je retournai à la fête et un homme m’offrit le gîte. Il était gai. Je n’avais plus de problème d’excitation.
Par inadvertance, je louai un appartement à Greenwich Village, juste à côté de Christopher Street, l’épicentre gai de la côte Est. Je commençai alors à craindre d’être gai. Mon professeur de chant était travesti et je dépassai quelques limites avec lui. Un jour, il fut blessé par balle dans un bar et mourru un an plus tard des suites de (complications de) ses blessures. C’était un artiste talentueux

Je commençai à produire de la musique rap dans Harlem. On m'appelait le « Mighty Whitey » (le Grand Blanc). Un producteur, qui avait de nombreux succès au palmarès américain Billboard, m’emmena dans un énorme club gai et me dit que je pouvais devenir une vedette dans la communauté gaie. Il perdit tout intérêt lorsque je refusai de coucher avec lui.

Broadway et Hollywood

À 21 ans, j’obtins un rôle dans un spectacle de Broadway et ma carrière pris son envol. Je produisis de la musique qui fut distribuée sur CBS Records et sur NBC TV, je jouai dans une publicité télévisée pour Levis, une émission de télé d’ABC After School Special, obtins des rôles principaux dans des films de Paramount et Columbia Pictures, et tins le rôle de Rock and Roll Cat dans la tournée nationale américaine de CATS. J’aimais utiliser du maquillage. La maquilleuse avait l’habitude de me dire « paint girl! ». C’était une grande blonde qui m’invita chez elle. Une fois au lit, je découvris que c’était un transsexuel, ce qui me bouleversa et me retint d’aller plus loin.
Bon nombre de réalisateurs et de producteurs de musique voulaient que j’aie des relations sexuelles avec eux, mais je m’en tenais au conseil d’un homme gai plus âgé qui m’avait dit : « Dans le monde du spectacle, tu peux établir un millier de contacts, mais si tu lèche un cul, tu n’es qu’un lèche-cul. ». Je n’ai jamais couché avec des directeurs, mais je flirtais. À l’époque, la communauté artistique de New-York était majoritairement gaie. Je ne comprenais pas pourquoi les hommes gais avaient tendance à être plus talentueux dans les arts, mais c’était le cas.

Voici une coupure du quotidien The New York Times la semaine de mes débuts à Broadway.

David MacDonald on Broadway

Photo : David MacDonald, au centre, tapant des mains, début à Broadway, NYC.

Je vivais dans le Jet Set et je passais beaucoup de temps au Studio 54. En deux ans, les choses commencèrent à dégringoler. Émotivement, je tournais en rond et fus impliqué dans deux avortements. Je prenais pas mal de drogues et avais un grave trouble alimentaire. Je rencontrais plusieurs hommes.

Une petite amie m’emmena voir le film hollywoodien Making Love où un médecin quittait sa femme pour l'un de ses patients. Je me sentais mal à l'aise pendant les scènes de romance entre les deux hommes; j'étais intrigué mais dégoûté. Je me collai à mon amie de peur que ma présence à ce film éveille des soupçons quant à mon orientation sexuelle.

J’avais un rôle principal dans la tournée nationale américaine de « Cats », mais mon rythme de vie malsain me rattrapa. Je tombai malade et endommageai mes cordes vocales, ce qui me fit perdre complètement la voix durant la tournée juste avant l’ouverture à Chicago. Ce fut la fin de ma carrière. J’avais 24 ans. Pendant les trois années qui suivirent, je communiquais en écrivant sur un calepin et n’arrivais qu’à chuchoter une dizaine de minutes par jour. MTV m'offrit un rôle d'animateur télé, Kenny Ortega (réalisateur du vidéo Material Girl et plus tard de High School Musical) me demanda d’auditionner pour une tournée avec Madonna à titre de chanteur et danseur, mais ma carrière était terminée, de même que ma vie telle que je la connaissais. À New-York, j'avais un colocataire gai. Il était danseur dans Cats. Son père était pasteur dans le Midwest. Je crois qu’il était quelque peu contrarié du fait que je n’admettais pas mon homosexualité. Deux ans plus tard, lorsque j’affirmai mon identité sexuelle, il me dit qu’il n’en était pas surpris.

Je cherchais des réponses et une guérison « naturelle » de ma voix, et je croyais qu’une partie de la solution résidait dans la psychologie ou la spiritualité. Je m'inscrivis donc à un séminaire EST (Nouvel Âge) à San Francisco et une connaissance me mit en relation avec des amis gais qui m’offrirent le gîte. Je vis alors l'univers gai de San Francisco de près. Les hommes semblaient vraiment obsédés par leur poids et cherchaient continuellement le meilleur moyen de se faire remarquer dans les bars. Leurs relations ne duraient jamais guère plus de quelques semaines. Ils semblaient rechercher désespérément l’amour et l’acceptation dans un monde mené par le charisme et l’apparence physique. Le VIH commençait à se propager rapidement et tous en étaient effrayés, mais cela ne diminuait en rien le nombre de relations sexuelles. Je restais hors de tout cela, je prétendais être straight. Je suis certain qu’ils se moquaient de moi à ce sujet. Dans le monde gai, il y a beaucoup de spéculation et de commérage sur qui « pourrait bien être gai ».

Je finis par manquer d’argent puisque je ne pouvais plus chanter. Je retournai alors chez moi, au Canada, sans le sou.

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Mon affirmation sexuelle dans ma ville natale

J’entrepris des consultations auprès de notre médecin de famille. Nous le connaissions depuis mon enfance. Je lui dis que j'avais des doutes quant à mon orientation sexuelle, alors il me suggéra un groupe appelé Coming-Out Right (Bien affirmer son identité sexuelle), aux Services du Triangle Rose. On y présentait un modèle en cinq étapes.

Étape un - Dénégation

On m'affirma que toutes mes années passées s’étaient déroulées dans la dénégation. Je le crus puisque mes pensées et mes peurs de l'homosexualité étaient récurrentes; elles ne s'évanouissaient pas si je les ignorais, les repoussais ou avais des relations hétérosexuelles .

Étape deux – Reconnaissance personnelle

Je reconnus que l’homosexualité avait fait partie de ma vie depuis mon enfance. Au fin fond de moi, je savais que c’était plus qu’une expérience de jeunesse. J'admis donc mon homosexualité à moi-même. Au début, je ressentis une incroyable liberté. Je fis jouer à fond la chanson de Diana Ross « I’m coming out - I want the world to know, I'm gonna let it show » en dansant dans ma chambre, les bras levés vers le ciel. Je débordais d’énergie.  

Étape trois – révélation aux autres

Je dis à ma famille et à tous mes proches que j'étais gai, j'écrivis des lettres à mes ex-petites amies, puis, lors de retrouvailles étudiantes, je m’affirmai devant tout le monde. La plupart des gens accueillirent très bien la nouvelle, quelques-uns affirmèrent qu’ils le savaient depuis toujours. Un homme me dit qu’il avait des sentiments pour moi lorsque nous allions à l’école.

Même si je « m’affirmais bien », à la fin des trois jours de retrouvailles j’avais les épaules voûtées, mes vêtements étaient défraîchis et mon estime personnelle avait dégringolé. Je me demandai si j’étais en train de redescendre du « nuage rose » sur lequel je m'étais trouvé lors de ma reconnaissance personnelle.

Dans ma recherche d’identité, j’assistai à des conférences sur le Nouvel Âge, lu des ouvrages et des magazines d’éveil personnel, rencontrai des médiums et passai des heures en méditation, fis du tai chi et du yoga. Le Nouvel Âge acceptait entièrement l'homosexualité ou tout autre type de sexualité. Mes guides me disaient :

« Chacun de nous est un être sexué et notre nature sexuelle a besoin de s'exprimer, sinon nous perdons la santé. Nous avons tous une 'boussole morale’ et si nous suivons notre vérité intérieure, nous trouverons la lumière, la joie et la satisfaction. »

Je croyais que le péché n'existait pas et que le mal n'était que le fruit de l'ignorance humaine. Je ne comprenais pas que le cerveau humain est doté de capacités quasi-illimitées d’autojustification. Le Nouvel Âge me plaisait car il ne m’imposait aucune exigence morale.

Je me fis percer l’oreille droite, ce qui constituait une déclaration publique de mon attirance pour les hommes. Mais pour quelque raison, je ressentis, en méditation, que je n'aurais pas dû le faire. J'enlevai donc la boucle d’oreille et dis à mon groupe de Coming-Out Right que je ressentais que  Dieu me guidais à ne pas avoir de boucle d'oreille. Un homme fit alors un commentaire très vulgaire sur ce que je devais répondre à Dieu.

Étape quatre - socialisation avec d’autres hommes gais

Je commençai à fréquenter des clubs de danse gais. Une équipe de télévision visita un club à l’improviste et on me vit danser aux informations télévisées ce soir-là. Il y avait beaucoup de drogue, d’alcoolisme et de sexe dans les toilettes de ces clubs. J’essayais de ne pas prendre de drogue, alors je finis par reconnaître que cet environnement n’était pas fait pour moi.

J'avais une amie lesbienne et médecin. Elle m'invita à une fête de « Noël » et lança une invitation à tous les hommes présents à se masturber dans la même bouteille afin qu'elle puisse inséminer sa partenaire avec le sperme contenu dans cette bouteille. De cette façon, personne ne saurait qui était le vrai père. Heureusement, les hommes trouvèrent l'idée stupide. C’était avant la fécondation in vitro. Aujourd’hui, la plupart des enfants conçus in vitro ne rencontrent jamais leur père.

Lors d’un défilé de la fierté gai, je rencontrai ma première petite amie, que j’avais fréquentée en 7e année. Je ne l’avais pas vue depuis de nombreuses années. Elle déambulait seins nus dans le centre-ville. Elle s’était mariée à un homme gai qui commerçait des accessoires de sexe sadomasochiste. Plus tard, elle me dit qu’elle prenait des hormones et qu’elle se préparait à une chirurgie visant à se faire enlever les seins et à changer de sexe. Cela m’attrista beaucoup car j'y voyais de l'automutilation et de la haine de soi. Lorsqu'elle était jeune, sa mère alcoolique avait l’habitude de piquer des crises en hurlant, et finit par mourir sans s’être vraiment réconciliée avec sa fille. J’espère que cette amie ira mieux.  

Étape cinq – Acceptation et intégration à la communauté gaie

Je me suis intégré de plusieurs façons : (1) implication politique (2) relation amoureuse stable (3) fêtes et clubs gais (4) implication au sein du mouvement AIDS (5) implication dans une « église » gaie.

Implication politique

Je commençai à écrire des lettres politiques et devins activiste. On m’invita à un banquet EGALE (Égalité des droits pour les gais et lesbiennes partout) donné en l’honneur du premier politicien canadien à affirmer son homosexualité devant les médias. Les caméras de télévision nous encerclèrent alors que je lui parlais. Je lui dis : « Lorsque vous vous êtes affirmé à la télévision, c’était comme quand j’ai vu Neil Armstrong marcher sur la lune lorsque j’avais 8 ans. ». Ce soir-là, je passai aux informations télévisées dans tout l'Ontario.

Svend se battit en faveur de l'avortement, de l'euthanasie, du clonage humain, du mariage gai, de l'abaissement de l'âge de consentement pour les relations sexuelles anales et du retrait du mot « Dieu » dans la constitution canadienne. Plus tard, il fit adopter la Loi sur les crimes haineux, qui interdit de dire que l’homosexualité est malsaine. (Note : Il y a plusieurs années, sa carrière politique a pris fin après qu’il ait volé une bague de 50 000 $ pour son « mariage » gai. Lors de sa démission, il a affirmé être très déprimé et sous médication.)

Je croyais que tout ce que j'avais à faire était de convaincre la société que les relations homosexuelles étaient tout à fait normales et que tous les problèmes reliés à l'attirance homosexuelle seraient réglés si seulement la société l’acceptait. Je ne réalisais pas qu’en tentant de convaincre les autres, je m’enfonçais; je ne faisais que tenter d’étouffer ma propre conscience.

J’avais l’habitude de lire le magazine « The Advocate », le plus populaire des magazines gais d’art, de culture et de mode de vie raffiné. Mais je n’arrivais pas à comprendre pourquoi un magazine de grande classe devenait aussi vulgaire dans ses dernières pages, avec des publicités de jouets sexuels, de pornographie, de lignes téléphoniques et de services d'escortes. Il me semblait que c’était une réalité qui ne reposait que sur le désir charnel. De nombreuses personnes aux sessions de Coming-Out Right participaient à des orgies sexuelles, à des relations sexuelles dans les toilettes publiques, les bains publics et les parcs. La seule fois où j’ai participé à une rencontre sexuelle dans un parc, je suis revenu chez moi avec un grand sentiment de vide intérieur. Un soir, les animateurs de la session nous présentèrent des films pornographiques de ligotage sexuel afin de soi-disant explorer les fétiches sexuels. C’était un organisme soutenu par le gouvernement où des médecins envoyaient des jeunes en quête d’identité qui se posaient des questions sur leur sexualité. 

Engagement dans une relation amoureuse stable

Je fis la rencontre de Steve, un enseignant d’école secondaire de classe moyenne, puis notre relation devint sérieuse. Nous allions à des fêtes en tant que conjoints. Je passais beaucoup de temps chez lui; nous avions de longues conversations, des soupers en tête-à-tête, nous allions voir des films. Je le présentai à mes parents et à toute ma parenté. C'était une relation stable et monogame.

Étonnamment, plus je m’identifiais à la communauté gaie, même dans une relation monogame, moins j’avais d’estime personnelle, et pire était mon trouble alimentaire. C’était aussi le cas de plusieurs personnes gaies dans mon entourage, incluant celles qui avaient une relation amoureuse stable. Dans les endroits comme Greenwich, New York et San Francisco, où l’homosexualité était acceptée et normalisée, les problèmes de toxicomanie, médication antidépressive, abus de conjoint, infidélité et troubles alimentaires étaient pires qu’ailleurs. Je ne comprenais pas pourquoi c'était ainsi car je croyais que les gens se porteraient mieux si leur environnement les acceptait. Et je croyais que je me porterais mieux si je l’acceptais aussi. Mais je n’allais pas mieux, même dans cette relation « amoureuse ». Nous avons finalement rompu.

La peur du VIH

Je commençai à entendre parler de partenaires de danse, à New York, qui mourraient du SIDA. C’étaient des gens doués, au sommet de leur carrière à Broadway et à la télévision, qui étaient arrachés de ce monde dans la fleur de l’âge. Cela n’avait aucun sens à mes yeux et j’en fus très affecté. Mon patron mourut également du SIDA. Je me sentais impuissant à faire quoi que ce soit pour freiner cette calamité.

Lors d’un séminaire sur les pratiques sexuelles plus sécuritaires, le « safer sex », on nous expliqua comment avoir des relations sans échange de fluides corporels. On nous recommandait de passer des examens médicaux régulièrement parce que plus de 20 % des hommes dans les clubs gais sont séropositifs. Ils expliquèrent que les pratiques sexuelles sécuritaires ne garantissent rien. On nous en apprit aussi sur d’autres maladies, comme la gonorrhée anale, les hépatites B et C, le VPH, le cancer du côlon et bien d’autres. On nous dit d’utiliser deux condoms et d’éviter toute relation non protégée (sans condom). Plusieurs ne suivaient pas ce conseil dans la chaleur du moment. Même avec tous ces risques, on nous encourageait à avoir des relations sexuelles et on nous disait que le sexe anal était tout à fait normal. Ils restaient convaincus que l’abstinence sexuelle était artificielle et malsaine pour les homosexuels.  

ronto pour me faire voir ce qui s’y passait. Lors d’une fête, je discutai avec un homme plus âgé. Nous discutions d’homosexualité et de bisexualité. Il me dit « En fait, je suis bisexuel : je suis aux hommes et aux garçons ». Je ne compris pas immédiatement le sens de ses mots, mais par la suite j’en fus renversé. Mon oncle et moi quittâmes la fête pour aller dans un club. Je me retrouvai avec un partenaire ce soir-là et passai les deux jours suivants à pratiquer le « safer sex ». Le dernier matin, mon partenaire m’annonça qu’il avait eu plus de deux cent partenaires et était sans doute séropositif mais ne voulait pas passer d’examen parce qu’il risquait d’y laisser son emploi et son assurance. Je savais que je devais passer un test de dépistage. Ma boulimie me faisait vômir six fois par jour, je ne pesais plus que 118 livres, ce qui est très peu pour un homme de 1,75 m (5 pi 9 po). Les gens commencèrent à se demander si j’étais séropositif.

Je retournai voir le médecin qui m’avait recommandé les sessions de Coming-Out Right et lui demandai de me faire un test de dépistage du SIDA. Il me répondit « Tu ne devrais pas passer le test parce que cela te mettrait légalement à risque ». Je trouvai étrange que mon médecin déconseille le test à un patient à haut risque. C’était avant que les tests de dépistage ne soient anonymes. Il finit par accepter et m’envoya passer ce test, qui fut négatif. Je n’avais pas le SIDA, et décidai de ne plus avoir de relation à risque à compter de ce jour.

Les religieuses catholiques et les membres de la communauté gaie travaillaient ensemble pour le bien des personnes atteintes du SIDA, même si leurs croyances étaient radicalement différentes. J’appris que Mère Thérésa avait ouvert l’un des premiers hospices pour sidatiques à New York. Je n’étais pas chrétien, mais la compassion des religieuses m'impressionnait.

(De nombreuses années plus tard, je retournai faire de la tenue de livres pendant l’été au Comité du sida d’Ottawa. Tous les membres de l’équipe de baseball d’un ami de Toronto étaient décédés du sida; il était le seul survivant. C'était dévastateur. Cet homme travaillait aux Archives gaies qui, plus tard, poursuivirent le propriétaire chrétien d'un commerce d'impression devant les tribunaux des Droits de la personne parce que ce dernier refusait d’imprimer du matériel gai. Le chrétien perdit sa cause, ce qui lui coûta 200 000 $ de frais juridiques.)

Je ne parlais plus à ma famille et, plutôt que de visiter mes parents pour Noël et le Thanksgiving, j'allais aux Services du Triangle rose, où on nous offrait de la dinde et un repas-partage et où d’autres membres de la communauté gaie qui n’avaient nulle part où aller se retrouvaient. Bien qu’il était agréable d’avoir un endroit où aller et des gens pour partager, je ressentais un immense vide intérieur. Quelque chose n’allait pas.

La Metropolitan Community Church

Je cherchai des réponses spirituelles à ma tristesse, ma boulimie, mon chagrin et mon comportement d'auto-destruction. Je fus invité à l'église de la communauté métropolitaine (Metropolitan Community Church – MCC) qui soutenait les gais, lesbiennes et transgenres. Son fondateur était en ville cette semaine-là. Il avait été ministre Baptiste, marié et père de famille, mais avait succombé à son désir pour les hommes, avait divorcé et s’était détourné de sa famille. Je ne trouvais pas que c’était très spirituel d’abandonner ses enfants, mais je ne pouvais pas le juger. J’avais avorté les miens.

Le fondateur était un homme d’âge moyen avec un surplus de poids qui était « tombé amoureux » d’un charmant jeune homme dans la vingtaine. À mes yeux, ce n’était que pur désir charnel, tout comme les directeurs de New York qui voulaient que je couche avec eux. Néanmoins, j’appréciais son difficile combat contre son attirance homosexuelle pendant ses années de mariage, ainsi que son désir de faire connaître le Christ à la communauté gaie. Le pasteur avait bien compris une partie du message de Dieu :

« Dieu nous aime tels que nous sommes... »

Mais je crois qu’il ignorait la partie importante :

« ...Dieu nous aime trop pour nous abandonner à ce que nous sommes. »

De nombreuses personnes de l’église MCC croyaient en Dieu, mais personne n’osait remettre en question la moralité des relations homosexuelles. Ces questions étaient perçues comme de la « haine ». Les fidèles étaient encouragés à faire une lecture « à la carte » de la Bible et à rejeter les parties qui allaient à l'encontre de l'homosexualité sous prétexte que « la Bible est désuète, les théologiens ne s'entendent pas entre eux sur le sujet, l'histoire de Sodome parle de viol et non pas d'homosexualité, Jonathan était gai, Jésus ne s'est jamais prononcé contre l'homosexualité, l’amour de Dieux implique l’acceptation de l’homosexualité etc.  Je ne faisais pas beaucoup de réflexion sur la Bible, mais je lus un livre qui tentait de réconcilier l’homosexualité et les Saintes Écritures. Ce qu'on y disait me semblait logique. L'auteur faisait beaucoup de références à la Bible, alors je croyais qu'il avait fait des recherches. 

Une lesbienne me dit un jour « Il est difficile de trouver un homme qui accepte de mettre une femme enceinte et de foutre le camp. ». Je dus abandonner une amitié avec une femme qui avait de telles attentes envers moi. L’église était pratiquement un feuilleton télé de relations sexuelles et de séparations que tous considéraient comme une « sexualité saine ». Quelques années plus tard la MCC devint une voix « chrétienne » importante dans la légalisation du mariage gai au Canada.

Un jour que je visitais un ami chez lui, je remarquai un journal de la communauté gaie sur la table de salon. Il y avait un article traitant d’un gars qui avait quitté la communauté gaie. Le journal disait qu’il se reniait, qu’il était un traître et des choses du genre. J’en parlai à mon ami, qui me dit : « Ah oui, c’est un groupe de chrétiens excentriques qui essaie de convaincre les gais de devenir ordinaires ». Je ne savais pas quoi penser. Dans un autre article, il y avait une énorme marche gaie sur la rue Washington et, bien que l’article dénonçait des chrétiens qui priaient en silence le long du parcours, je fus très touché, mais je ne savais pas  pourquoi. 

Mon médecin de famille m’invite à sortir

Le médecin qui m'avait envoyé aux sessions de Coming-Out Right avait été le médecin de ma famille depuis mon enfance. Lors d'une visite médicale, il me dit :

« David, bien que j’aie une femme et des enfants, j’ai toujours été attiré par toi. Voudrais-tu sortir avec moi? ».

Je me sentis trahi. J’annulai la thérapie. Cela m'affecta beaucoup. Plus tard, une connaissance gaie me dit que c'était chose commune dans l'univers gai, entre médecins et patients. Ma vie était devenue un gâchis, et mon trouble alimentaire n'allait pas en s'améliorant. Karen Carpenter était décédée d‘anorexie quelques années plus tôt, et je me demandais si j’étais le suivant. Je ne savais plus vers quoi me tourner. J'avais l'impression d'avoir tout essayé.

Ma sortie de l’univers gai

St. Josephs OratoryI ended up in a non-religious recovery program for anorexia/bulimia. I was still following the New Age and I went to Montreal to meet a famous Guru but got lost and ended up at Saint Joseph's Oratory by "accident." I was struck by its beauty and majesty and went inside.

Je me retrouvai dans un programme non religieux de thérapie contre l’anorexie et la boulimie. J’étais encore dans la vague du Nouvel Âge et j’allai à Montréal pour rencontrer un célèbre gourou, mais je me perdis en chemin et me retrouvai à l’Oratoire Saint-Joseph « par accident ». Je fus frappé par sa beauté et son aspect, et décidai d’y entrer. 
De vieilles femmes mettaient leurs mains sur les pieds de la statue de Jésus, chuchotaient des prières et repartaient la tête baissée. J'en fus très ému et me dis alors : « Ces femmes ont la foi! Après tout, peut-être que l’Église n’est pas qu’un édifice de pierres froid rempli d’hypocrites », ce que j'avais toujours cru jusqu'à ce moment. J'allai dans un sanctuaire plus haut et, seul devant la croix, je m’allongeai face au sol et dis :  


« Seigneur Jésus, je ne te connais pas du tout... Mais je suis dans un triste état... Je t’en prie, viens dans ma vie. Prends mon cœur, prends ma santé, prends mes circonstances, prends tout de moi. Je t’appartiens. »

Un sentiment étrange m’envahit alors. En me relevant, je savais que quelque chose avait changé. J'avais le sentiment d'avoir enfin trouvé ce que j'avais toujours cherché. Peu de temps après, je me tins debout devant un crucifix dans la cours d’une église. Je demandai à Dieu de me ramener sur la bonne voie et de guérir la misère que j'avais causée aux autres et à moi-même. Puis, quelque chose d'incroyable se produisit.

Je sentis tomber le fardeau de l’attirance homosexuelle qui avait jusqu’alors pesé sur mes épaules.

Je me sentis soudain très léger et sûr de la voie à prendre. J’arrêtai d'assister aux sessions de Coming-Out Right, cessai d'écrire des lettres politiques et quittai la communauté gaie. C'était avant que je fréquente des églises. Personne ne m’a fait de « lavage de cerveau » pour sortir de la communauté gaie. J’ai simplement été libéré.  

Oratory QUeen MaryQueen Mary ST>L’Oratoire Saint-Joseph à Montréal est surplombé d’une croix au néon, tout comme celle que j’avais vue à Ottawa lorsque j’étais enfant. L’Oratoire est situé sur une rue nommée Queen Mary (à Montréal), tout comme la rue sur laquelle j’ai grandi, à Ottawa. C’était sur cette rue que j’avais eu une expérience spirituelle étant enfant. J’étais revenu à Celle qui avait guéri, dans l’anonymat, les nœuds que j’avais dans l’estomac pendant mon enfance.

Photos : La rue Queen Mary à Ottawa (à gauche) où j'ai grandi, et la rue Queen Mary à Montréal (à droite) où est situé l’Oratoire et où j’ai eu la chance de renaître.

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Seul et célibataire

Certains groupes chrétiens présentent le mariage hétérosexuel comme un but pour les gais. Je ne crois pas que ce soit forcément le but. Je crois que Dieu m’a appelé à suivre l’exemple de Paul, c’est-à-dire une vie de service dans la chasteté, la consécration et le célibat. Je comprends maintenant que toute ma quête de bonheur était une longue marche vers Jésus. Je n’ai pas fait usage de pornographie ni eu de relation sexuelle solitaire depuis 5 ans. Je fais partie d’un groupe responsable de gens (hétérosexuels et gais) qui veulent vivre libres de ces choses.

J’ai appris que le sexe n’est pas comme l’eau ou la nourriture; on ne meurt pas sans lui!

Je crois que le modèle d’affirmation en 5 étapes de la communauté gaie est comme la moitié des 12 étapes des alcooliques anonymes, mais sans celle de la guérison. Admettre mon attirance pour les hommes était une partie importante de la solution. Je n’y serais jamais arrivé si j’étais resté dans le garde-robe. Mais, paradoxalement, c'est en l’admettant et en l’offrant à Jésus que j’en ai été libéré, un jour à la fois. L'apôtre Paul, qui a vécu dans le célibat et la consécration, est pour moi source d’inspiration.

[...] À ceux et celles qui ne sont pas mariés[...] je préférerais que tout le monde soit célibataire comme moi, mais chacun a le don particulier que Dieu lui a accordé[...] il serait bon pour vous que vous continuiez à vivre seul comme moi[...] ne cherche pas de femme[...] Je dis cela pour votre bien, non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter à ce qui est digne et qui attache sans partage au Seigneur[...] celui qui ne se marie pas fait mieux encore (1 Cor 7:6-40)

Quand les apôtres ont demandé à Jesus « …il n’est pas expédient de se marier » (Mat 19 :10) Jésus dit :« … Qui peut comprendre, qu’il comprenne. » (Mat 19:12).

Évidemment, de nombreuses personnes sont appelées au mariage, mais je crois que j’ai été appelé à suivre les traces de Saint Paul.

Et maintenant?

Par mon implication au sein de divers groupes, j’ai surmonté mon anorexie-boulimie et toutes mes autres dépendances. Je suis retourné à l’école, puis à l’université. J’ai obtenu un baccalauréat en commerce, Magma cum Laude. Il me restait bien quelques cellules grises! Aujourd’hui, je suis vice-président d’une entreprise qui aide les gens atteints d’incapacité à accéder aux ordinateurs. Je ne prends pas de médication comme le Prozac, je ne consomme même pas de sucre et ne bois pas de café. Je mange normalement depuis des années et mon poids est normal. Je fais régulièrement de l’exercice et n’ai habituellement aucune difficulté à dormir. Mes relations avec ma famille et ma parenté sont bonnes, même si la majorité d'entre eux ne croient pas en Dieu. Je les aime quand même et nous nous entendons bien. Je prie souvent pour eux et j'ai de nombreux amis.

Je suis devenu catholique en 1995 et, depuis plusieurs années, je vais à la Messe tous les matins. Je consacre une heure par jour à la prière. Je n'ai plus de relations sexuelles. Je peux compter les occasions où j'ai pensé ou rêvé à des relations homosexuelles depuis cette journée devant le crucifix, il y a 20 ans. Je ne crois pas que le véritable ennemi soit l'orientation sexuelle, mais plutôt le désir charnel. Je comprends maintenant le sens des mots de Jésus lorsqu'il a dit : « Quiconque regarde une femme [ou un homme] pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle. ». (Mat. 5:28) Le seul remède que j'ai trouvé contre le désir charnel est une relation avec Jésus.

David MacDOnald

Lors d’une retraite, j’ai recommencé à chanter. Pas avec ma voix de l’époque Broadway. Et parfois, la douleur revient et je perds à nouveau la voix car j'ai endommagé mes cordes vocales de façon permanente lorsque j'étais à New York. Plusieurs miracles m'ont permis d'avoir un petit studio d'enregistrement et mes chansons ont joué dans certaines stations de radio chrétiennes.

J’essaie d’aider des gens qui désirent combattre le péché qui nuit à leur relation avec Dieu. J’aide aussi mes neveux qui sont devenus orphelins lorsque mon frère s'est suicidé. J'ai eu la chance de collaborer avec de grands musiciens qui aiment Dieu comme moi. On me demande parfois de voyager à l’étranger pour partager ma musique et mon expérience.

Photo : David MacDonald en Inde

Kirstenkirsten and David

À l’été 2007, j’ai rencontré une femme merveilleuse. Nous sommes maintenant fiancés et allons nous marier. Jamais je n’aurais cru connaître un jour un amour aussi intense. Je donnerais ma vie pour toi, Kirsten! Je t’aime d’un amour incommensurable, d’un amour sans fin, je t’aime pour l’éternité. Je veux être avec toi toute ma vie, et avec nulle autre que toi.

Mon objectif actuel est de devenir « radicalement modéré », bien que je dois admettre qu'il m'arrive de trop en faire dans toutes mes sphères d'activité, ce qui n'est pas très bon pour un homme comme moi.

Ce que je préfère dans la vie, c’est faire l’expérience de la présence de Dieu après la Communion. Dans ces moments, je suis reconnaissant envers les hommes et les femmes qui nous ont précédé dans la vie chrétienne) et qui nous ont laissé ce merveilleux héritage. Dans la prière, je ressens un lien profond avec mon Créateur, Celui qui me rappellera à Lui lorsque mon temps dans cette vie s'achèvera.

Seigneur Jésus, je Te remercie pour tout ce que Tu m’as donné. Je Te remercie pour tout ce que j’ai perdu. Et je Te remercie pour tous les cœurs que tu as touchés à travers moi ainsi que pour les cœurs qui m’ont aimé pour retrouver la santé et la joie par ton Précieux et très Saint Nom. Amen.

Traduit de l’anglais par Anne Parent

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